Titre

Frankie 

Réalisateurs – interprètes

2019 France – Portugal
Réalisé par Ira Sachs 
avec Isabelle Huppert, Marisa Tomei, Brendon Gleason, Jérémie Renier, Pascal Greggory
Drame sentimental
Sortie le 28 août 2019

Synopsis

Frankie, célèbre actrice française, se sait gravement malade. Elle décide de passer ses dernières vacances entourée de ses proches, à Sintra au Portugal.

la critique du Monde

Isabelle Huppert avait vu et aimé ses précédents films, Love is Strange (2014) et Brooklyn Village (2016). Elle n’hésita pas, dès lors, à manifester auprès d’Ira Sachs son envie de travailler avec lui. Le cinéaste américain a saisi la balle. Il a écrit pour elle Frankie, nom de l’héroïne et titre de son dernier long-métrage, offrant ainsi à la comédienne le rôle le plus délicatement émouvant qui lui fut donné ces dernières années. Celui d’une femme, actrice à la renommée internationale, qui, se sachant condamnée à court terme par son cancer, convoque ses proches dans la belle ville de Sintra au Portugal, pour des vacances qu’elle souhaite le moins tristes possible. « Le plus dur, c’est de voir les gens pleurer », confie-t-elle à sa meilleure amie. Frankie n’est pas là pour larmoyer ou se faire plaindre, mais pour passer de bons moments et régler, comme on dit, ses dernières volontés. Isabelle Huppert joue le dernier mouvement de la vie de son personnage sur une mesure qui tient à distance le drame. En accord avec l’orchestration mise en place par Ira Sachs, qui, dans ce film, donne à la tragédie des airs de grande douceur.

Silhouette frêle vêtue d’une robe jaune pâle qu’elle retire pour plonger dans les eaux bleues d’une piscine d’hôtel, Frankie nous apparaît le geste calme, la présence légèrement absente, dans la lumière violente d’une journée de plein été. Nous allons mieux la découvrir au fil des jours qui la mettent en présence de son mari, Jimmy (Brendan Gleeson), avec qui elle vit une longue et grande histoire d’amour depuis longtemps déjà ; la fille de ce dernier, née d’un premier mariage, Sylvia (Vinette Robinson), est venue avec son mari et leur fille adolescente ; son ex-mari, Michel (Pascal Greggory), et le fils qu’ils ont eu ensemble, Paul (Jérémie Renier). Frankie a aussi demandé à une amie américaine, Irène (Marisa Tomei), de la rejoindre. Laquelle, costumière de cinéma, est accompagnée de son amant, Gary (Greg Kinnear), directeur de la photographie qui voudrait passer à la réalisation.

L’écho d’une existence qui s’achève

Tous ces personnages qui se croisent et se rejoignent au hasard de leur emploi du temps oisif et de leur déambulation dans les rues labyrinthiques de Sintra ont leur importance. Puisqu’ils racontent des bribes de vie, la leur, autant qu’ils esquissent et concentrent celle de Frankie. Chacun apporte sa part au récit, sa note à la partition qui s’écrit en même temps qu’elle est promise à la disparition. Au creux des montagnes pérennes qui entourent la ville, l’écho de cette existence qui s’achève nous parvient, fragile et miroitant. Parfois avec un éclat de drôlerie. Ou de gravité, comme cette scène où Frankie, invitée à la fête d’anniversaire d’une vieille dame, affiche un sourire qui ne trompe pas. Ces moments de vulnérabilité sont rares, fugaces. Rendus bouleversants par l’élégance de la pudeur.

Dans Frankie, si la tragédie est mise à distance par les personnages, elle s’impose par le décor. De vastes paysages où se love un petit amphithéâtre antique : la ville royale de Sintra, chargée d’histoire et de légendes dont chaque place, chaque ruelle et jardin offre son cadre à une nouvelle scène. A ce théâtre des sentiments, Ira Sachs oppose un champ plus large qui porte la tragédie au-delà de ce qu’elle charrie d’inéluctable. Le cinéaste nous accorde alors cette grâce d’insuffler à la mort annoncée le mouvement d’une vie qui continue. Les plans-séquences qui accompagnent avec beaucoup de fluidité les marches de Frankie à travers la forêt illustrent ce parti pris. Frankie ne cède ni au désespoir ni à l’immobilisme. Pas plus que le film dont la fin conduit ses personnages vers un horizon qu’il ne nous est pas donné de voir mais qui, néanmoins, nous élève.

Véronique Cauhapé